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Cité des humanités et des sciences sociales

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Le chamanisme, fabrique de «chance»

Roberte Hamayon, anthropologue des mondes sibérien et mongol, École pratique des hautes études

Y a-t-il quelque chose de commun entre tout ce qui est qualifié de chamanique : l’art des chasseurs préhistoriques, les innovations contemporaines (néo-chamanismes occidentaux, chamanismes urbains asiatiques ou américains, « tourisme chamanique ») et le système religieux des Toungouses de Sibérie orientale, d’où vient le terme de chamane ? Chez ce peuple et ses voisins qui vivent de chasse, le chamane est l’acteur principal de ce système. Celui-ci repose sur l’idée que les humains sont une espèce parmi d’autres dans la chaîne alimentaire ; il consiste à établir, avec les esprits des espèces consommées, des relations virtuelles d’alliance et d’échange pour rendre la chasse légitime et profitable. Très pragmatique dans sa construction de réalités virtuelles, il est, dans son principe, compatible avec d’autres systèmes religieux et adaptable à d’autres modes de vie : il vise à « obtenir » des biens qui, comme le gibier, ne peuvent être « produits » (santé, pluie, fécondité, amour, bonheur et toutes les formes de succès) et qui, donc, demandent d’avoir de la « chance » ici et maintenant.

Conférence donnée le 13 Juin 2016

Pour en savoir plus

AIGLE D., BRAC de la PERRIèRE B., CHAUMEIL J.-P. (dir.), La politique des esprits. Chamanismes et religions universalistes, Nanterre, Société d’ethnologie, 2000.
HAMAYON R. (dir.), Chamanismes, Paris, PUF (Quadrige/Diogène), 2003.
HAMAYON R., Le chamanisme, Paris, Eyrolles 2015.
MERLI L., De l’ombre à la lumière, de l’individu à la nation. Ethnographie du renouveau chamanique en Mongolie postcommuniste, Paris, Nord-Asie. 2010.