« Il s’agit de pérenniser notre établissement qui a vocation à construire et gérer le Campus »

La loi n° 2017-257 du 28 février 2017 relative au statut de Paris et à l'aménagement métropolitain crée, dans l’article 44, un nouvel établissement public Campus Condorcet. David Bérinque, directeur général du Campus, revient sur les conséquences de ce changement de statut, notamment en termes de gestion de personnels, mais aussi sur les nouveaux chantiers qui attendent l’équipe, à près de deux ans de la livraison des premiers bâtiments.

Pourquoi un nouvel établissement public Campus Condorcet ? Quelles en sont les conséquences ?

David Bérinque, directeur général de l'EP Campus Condorcet.

David Bérinque, directeur général de l'EP Campus Condorcet.

Cet article de loi 44 a été élaboré afin de répondre à l’objectif de la loi sur l’enseignement supérieur de 2013, qui prévoit la fin des établissements publics de coopération scientifique, notre statut actuel. L’idée n’est pas tant de créer un nouvel établissement public, que de créer son successeur. On constate d’ailleurs qu’il garde le même nom, Campus Condorcet. Il s’agit de pérenniser notre établissement qui a vocation à construire le campus, l’exploiter, le maintenir, et apporter un certain nombre de services aux membres fondateurs – services numériques, documentaires, culturels, etc.

 

Cet article de loi devra ensuite faire l’objet d’une traduction réglementaire dans un décret, qui va être élaboré avec l’État dans les mois qui viennent. L’ambition, qui est la nôtre, est d’améliorer notre gestion et notre capacité à piloter ce projet. Je rappelle que les établissements publics de coopération scientifique ne pouvaient pas recruter, ni a fortiori gérer directement leurs personnels, ce qui est aujourd’hui pénalisant pour notre bon fonctionnement, alors que l’équipe monte en puissance. Aujourd’hui nous ne sommes pas, par exemple, à même de proposer des évolutions de carrière aux personnels qui nous sont mis à disposition. Nous allons donc entamer des discussions pour être progressivement pleinement gestionnaire de nos personnels, comme il se doit pour un établissement public pérenne, qui a vocation à accueillir plusieurs dizaines de personnes à l’horizon 2019, à l’ouverture du Campus.

 

Nous nous inscrivons dans une procédure qui devrait durer quelques mois.

Début mars, le Campus Condorcet a ouvert un nouveau chantier, celui de la vie de campus. Pourquoi ?

Depuis mars 2016, le projet immobilier est connu. Le chantier réalisé en partenariat public-privé par ailleurs avance bien, et il se déroule dans le calendrier prévu. En parallèle, se pose la question des services qui ont vocation à être mis en place sur le Campus, au profit de ses usagers, mais aussi des riverains. Il est temps aujourd’hui de définir les processus de gestion des équipements mutualisés entre les membres fondateurs, notamment les salles de séminaires mais également le Centre de colloques ou le pôle socio-médical par exemple. Nous devons aussi trouver le mode de fonctionnement de l’espace dit associatif et culturel, qui a vocation à accueillir les activités étudiantes : la gestion sera-t-elle déléguée à une ou plusieurs associations étudiantes ? Il en est de même pour l’attribution des logements, pour les chercheurs, ou les étudiants : quels processus d’attribution met-on en place ? Ou encore de l’Hôtel à projets, sorte d’openspace destiné à accueillir des projets de recherche innovants pour une durée limitée : sur quelle base les choisit-on ? Y-a-t-il un appel à projets ? L’ensemble de ces questions ont vocation à être résolues avant 2019, en vue de l’ouverture du Campus.

 

Par ailleurs, nous essayons d’imaginer comment rendre le campus vivant, en y intégrant une dimension artistique, culturelle, sportive, dans l’optique de favoriser l’interaction entre le campus et la ville, entre les usagers du campus et les riverains (habitants et salariés). Nous avons initié cette dynamique dès 2010 avec les conférences Campus Condorcet, qui proposent une conférence scientifique par mois donnée par des chercheurs, issus de nos membres fondateurs, dans un lieu emblématique de la ville d’Aubervilliers.

 

De plus, la conception matérielle du campus vise à favoriser l’entrée d’un maximum d’usagers, dans les espaces extérieurs, les halls des bâtiments, le rez-de chaussée de la bibliothèque. C’est cette dimension que nous souhaitons renforcer, en vue de l’ouverture du Campus. Il s’agit d’un point très important pour les collectivités locales (les villes d’Aubervilliers, de Saint-Denis et Plaine Commune), que de réussir cette intégration et de faire en sorte que le Campus ne soit pas refermé sur lui-même, mais bien un objet d’intégration à une échelle nettement supérieure à celle de la seule communauté académique.

 

L’animation de cette dynamique a été confiée à Louis Dassonneville qui vient de rejoindre notre équipe.

Vous indiquez que le projet urbain du Campus se veut ouvert sur la ville. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Les projets qui ont été retenus, dans le cadre du partenariat public-privé et aussi des deux opérations menées par la Région Île-de-France, sont conçus comme un système largement ouvert à différentes échelles. A l’échelle globale du site, le linéaire de clôtures grillagées a été minimisé, et la perméabilité visuelle entre l’espace public circulé (la voirie) et l’espace campus a été privilégié. Un système séparatif à base de fossés, plutôt qu’à base de clôtures, a ainsi été mis en place.

Cela se traduit par la grande place laissée aux espaces ouverts, et notamment aux espaces végétalisés au sein du Campus, dans la logique du plan local d’urbanisme de la ville d’Aubervilliers. Ces espaces seront accessibles durant la journée à un large public. Cette réflexion s’étend également aux rez-de-chaussée des bâtiments, dont nous souhaitons qu’ils soient au maximum dédiés à la valorisation des travaux de recherche, la mise en place d’événements artistiques, culturels, scientifiques ou d’autres initiatives à inventer.

 

Le Campus a été conçu comme un espace de circulation, qui est desservi, y compris en son cœur par des voiries circulées. Il ne s’agit pas d’un espace clos avec des voies privées à l’intérieur, mais bien d’un quartier formé de plusieurs îlots, séparés par des rues, sur lesquelles circuleront des vélos, des piétons, des véhicules, et demain des tramways, dont le financement des études vient d’être confirmé. Il y a fort à parier que le cours des Humanités, qui est la principale circulation piétonne du Campus, depuis la place du Front Populaire jusqu’à sa limite nord, sera un lieu de rencontre majeur de l’ensemble des usagers du territoire.

 

Cette dimension est par ailleurs visible dans nos démarches auprès des riverains. Outre les enquêtes publiques réglementaires et les conférences Campus Condorcet, déjà citées, nous organisons des « Promenades urbaines » qui permettent de découvrir le territoire et, dorénavant, le chantier et le Campus lui-même. La prochaine est prévue le 12 mai prochain. Venez nombreux !