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Cité des humanités et des sciences sociales

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Actualités10 Mars 2016

« Faire corps avec la ville, ne pas constituer un isolat. »

Trois questions à Olivier Philippe, directeur de l'agence TER

Pour concevoir le projet Campus Condorcet, le groupement a travaillé avec plusieurs architectes, réunis sous la coordination de l’agence TER, urbaniste-paysagiste. Son directeur, Olivier Philippe, explique les grands principes qui ont guidé la conception d’une institution publique de cette envergure.

Quels sont les grands principes qui ont guidé la conception d’une institution publique de cette envergure ?

Tout d’abord « faire corps avec la ville », ne pas constituer un isolat, fut-il splendide. Cela veut dire mettre en place les conditions d’une intense interaction physique, visuelle et dans une certaine mesure, programmatique, entre la ville et le campus. Ce principe se traduit ici par la réduction, voire l’effacement, des effets de limites. Pas de clôtures en superstructure, des rez-de-chaussée d’une hauteur généreuse, accessibles et transparents. Cela suppose également la mise en place de la plus grande plage horaire d’ouverture possible de l’ensemble du dispositif, construit ou non, ceci pour le plus grand nombre. C’est ensuite inscrire le campus comme une pièce urbaine singulière, une figure métropolitaine mémorable, un lieu aimable et accueillant, qui inclut au travers d’une continuité de traitement du sol comme du végétal, les rues qui le bordent, la place du Front Populaire et le square Saint-Gobain. Il faut noter que ce dispositif agrandi, avoisine quinze hectares, c’est à dire les deux tiers de la superficie des jardins du Luxembourg ou du jardin des plantes. C’est enfin préserver l’avenir, en offrant une architecture capable d’une grande flexibilité d’usage.

Comment avez-vous intégré à votre projet la dimension métropolitaine du Campus Condorcet ?

La première phase du renouvellement de cette partie de Plaine Commune, le projet Hippodamos, s’est beaucoup attachée à la redéfinition de la trame urbaine, à l’émergence du parc-Canal, à l’installation du grand stade et bien sûr à la construction d’un quartier mixte. L’arrivée du Campus Condorcet à Aubervilliers, par son importance qualitative, symbolique et par sa masse critique, constitue un véritable changement de paradigme. Desserrant l’historique prérogative parisienne, celle de la concentration des grandes institutions, le campus participe à la mise en équivalence entre Paris et sa périphérie, il fait entrer le Nord-Est parisien dans la métropole du Grand Paris.

Pour que la dimension métropolitaine du campus opère pleinement, il faut toutefois satisfaire à trois conditions : une excellente accessibilité où l’évidence et la qualité de la connexion avec les réseaux de transport métropolitains, une puissance et magnificence du lieu, j’entends ici la capacité du campus, comme pièce urbaine, à rayonner au-delà de ses limites et de son programme, et enfin la clarté de l’adresse. Ce dernier point est primordial car le Campus Condorcet est une institution composée de différents membres, tous spécifiques et porteurs d’une longue histoire. Il faut donc qu’ils puissent y manifester leur identité tout en partageant une adresse commune. C’est le rôle du « Cours des Humanités », qui rassemble en un seul lieu tous les acteurs y compris ce qui constitue leur bien commun, le Grand équipement documentaire, le centre de colloques et la maison des chercheurs.

À quoi ressemblera ce Campus du XXIe siècle ?

Le Campus Condorcet est un « campus-parc », une oasis apaisée dans la minéralité du secteur Sud de la Plaine. La végétation présente sur l’espace public se prolonge au coeur du campus. Des espèces peu connues du grand public vont apparaître ici et là, complétant ainsi la matrice d’espèces endogènes partout présentes sur le campus. Cette intensification végétale assure une fonction climatique essentielle et favorise la biodiversité tout en offrant un espace extérieur confortable. La deuxième figure, le « Cours des Humanités » constitue l’épine dorsale du projet ; c’est un axe nord-sud d’une largeur généreuse, il fédère l’ensemble des acteurs du campus, s’infléchit pour traverser le Grand équipement documentaire, le véritable barycentre du projet, et relie d’un seul trait la station de métro Front Populaire, un arrêt de tramway tout en offrant au nord un accès direct au RER. Le « socle actif », le rez-de-chaussée de hauteur constante dans tous les bâtiments, correspond aux programmes mutualisés entre les membres fondateurs, mais également aux programmes partagés avec la ville et les riverains. Le « socle actif » articule les mouvements génériques de la ville avec les mouvements spécifiques des unités de recherche de tel ou tel fondateur, fonctions installées en étages. Tous les bâtiments bénéficient d’une double orientation fonctionnelle, c’est à dire d’un double adressage à rez-de-chaussée, assurant à la fois leur présence en ville et sur le campus et un confort d’usage pour les utilisateurs et riverains, qui ont le choix des parcours pour se rendre à leur destination.

Si les trois figures précitées assurent l’unité et la cohérence du campus, celui-ci présente une grande diversité d’écriture architecturale, jamais gesticulatoire, et un épannelage différencié. Le centre des colloques, signé par K-Architectures, offre une façade rythmée très ouverte sur la place du Front Populaire ; suivent en progressant vers le nord, la maison des chercheurs et ses façades plissées, dessinée par l’agence Jean-Christophe Quinton, le corps de bâtiment de recherche Sud, organisé autour de patios, de l’agence Jean-Baptiste Lacoudre architectures, également auteure du siège de l’EPCS, l’INED, une architecture d’une élégante sobriété dessinée par Antonini & Darmon, le bâtiment de recherche nord et le restaurant universitaire, d’une écriture toute aussi sobre et élégante, oeuvre de l’agence Brunet & Saunier complète cet ensemble auquel il faut bien sûr ajouter le GED dessiné par les agences Elizabeth et Christian de Portzamparc.

Enfin, il nous a semblé impératif qu’une institution d’une telle ampleur manifeste sa présence dans le skyline de la métropole : trois « landmarks » émergent du vélum construit, très horizontal, de la plaine. Deux bâtiments d’une cinquantaine de mètres de hauteur, des résidences pour étudiants, architecte agence Jean-Christophe Quinton, marquent les angles nord et est du campus. Au sud, la maison des chercheurs culmine à 31 mètres.