Publié le 8 novembre 2019 Mis à jour le 8 novembre 2019

Organisateur : Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis, Institut Français de Géopolitique; GEODE
9 h - 19 h

Date(s)

le 29 novembre 2019

Lieu(x)

Centre de colloques

Salle 100

Agenda_Internet, données numériques, pouvoir et rivalités dans l’espace post-soviétique
Agenda_Internet, données numériques, pouvoir et rivalités dans l’espace post-soviétique - Internet, données numériques, pouvoir et rivalités dans l’espace post-soviétique
Depuis plus d’une décennie maintenant, Internet et les réseaux numériques jouent un rôle central dans la plupart des conflits contemporains. Qu’il s’agisse de leur stockage, de leur circulation, de leur production ou de leur manipulation (au sens propre comme au sens figuré), les données numériques sont désormais mobilisées dans la plupart des situations de rivalités ou de crise géopolitiques. Les stratégies de contrôle deviennent quant à elles de plus en plus nombreuses et diverses, au fur et à mesure que se poursuit la conversion en données numériques de pans entiers de l’activité humaine. Les piratages informatiques, destructions d’infrastructures, ou manipulations de l’information sont devenus des leviers auxquels ont recours un nombre grandissant d’acteurs désireux de confirmer ou d’inverser en leur faveur un rapport de force géopolitique.

L’espace post-soviétique apparaît comme un terrain privilégié du déploiement de ces tactiques et stratégies de contrôle. La perturbation des systèmes de circulation, de traitement ou de stockage des données numériques est progressivement devenue un élément à part entière des conflits et rivalités qui traversent ce vaste espace post-impérial. La confrontation de plusieurs « communautés imaginées » (Anderson), fondées sur des représentations divergentes de la mémoire, de l’identité ou de la langue, constitue alors un puissant catalyseur de conflictualités numériques.

Or, la Russie exerce une certaine domination sur les réseaux numériques de cet « étranger proche ». Ses plateformes d’intermédiations sont largement utilisées par les populations russophones de l’ancienne URSS, tandis que la géographie des infrastructures – tout comme la topologie des protocoles de routage – demeurent fortement structurées autour des anciens centres du pouvoir soviétique.

Grâce à cette situation, le « cyberespace » s’avère être devenu pour la Russie un important levier d’affirmation de sa puissance, au sens qu’en donne Raymond Aron : la capacité de faire, de faire faire et de refuser de faire. L’objectif de cette journée d’étude sera donc de questionner la manière dont Internet et les données numériques sont effectivement devenues un outil et un objet de pouvoir dans le contexte des rivalités territoriales que connaît aujourd’hui l’espace post-soviétique, ainsi que dans celui de la stratégie d’influence russe dans son étranger proche et, plus largement, dans le monde entier.

En filigrane de cet objectif, et au-delà de l’utilité d’une telle discussion pour la connaissance aréale, cette journée d’étude permettra, par des exemples empiriques, d’alimenter les réflexions autour de deux questions méthodologiques cruciales.

D’abord, il s’agira de questionner les relations qu’entretiennent les notions d’espace géographique et de réseau en géopolitique. En effet, si les réseaux numériques sont devenus un lieu de rivalités géopolitiques, alors il est nécessaire de réfléchir à la manière dont il convient désormais d’inclure la « famille topologique «  (au sens qu’en donne Jacques Lévy, par opposition à la « famille topographique » de l’espace et du territoire) dans le dispositif d’une géographie pensée comme un ensemble de savoirs stratégiques permettant l’exercice du pouvoir (Yves Lacoste). Les communications pourront fournir des exemples empiriques de la manière dont connaissance topologique et connaissance topographique sont devenues également indispensables pour l’étude des rivalités géopolitiques.

Ensuite, les discussions empiriques de cette journée d’étude pourront également nourrir la réflexion très actuelle consistant à questionner l’emploi de notions telles que celle de « cyberespace », qui constituent bien plus une représentation (au sens où elle est le résultat d’un ensemble de pratiques) qu’un outil épistémologique. Cette journée sera ainsi l’occasion de confronter des expériences réelles à des cadres de pensées aujourd’hui en gestation, comme celui de « datasphère » (Grumbach, Desforges, Douzet).

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