Publié le 28 septembre 2020 Mis à jour le 30 septembre 2020

Ce colloque est organisé par l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Date(s)

le 15 octobre 2020

de 9h à 18h
Lieu(x)

Centre de colloques

Auditorium 250
Front populaire, 93322 Aubervilliers
 

L'armée et la nation
L'armée et la nation
S'inscrire

Le programme


"En 1882, dans une conférence traitant de la nation, Ernest Renan jetait les fondements d’une construction sociale de la nation reposant sur des idéaux-types hérités de trajectoires historiques et politiques. L’un, allemand, repose sur une vision objective de la nation, tandis que l’autre, français, se comprend comme une communauté de valeurs et la volonté de vivre ensemble. À la fin du XXe siècle, le recours à la définition de « nation » de Benedict Anderson comme communauté politique imaginée, structurée par des valeurs et des imaginaires, eux-mêmes construits, permet de sortir de cette dualité. Prenant lui aussi ses distances avec les types idéaux fondateurs, Gérard Noiriel affirme qu’il n’existe pas de critère de définition absolu de la nation. L’État-nation, aujourd’hui hégémonique comme forme d’organisation des sociétés contemporaines, n’est qu’une modalité d’affirmation de la nation et n’est en rien naturel : le sentiment d’appartenance nationale participe de la création de l’État qui, lui-même, contribue à la perpétuation de ce sentiment sur lequel il repose, par le biais d’institutions comme la langue, l’école ou encore l’armée comme l’a montré Eugen Weber. Du mythe du citoyen-soldat en 1792 au service militaire obligatoire de la IIIe République, notre histoire récente témoigne du lien entre l’institution militaire et le développement de l’État moderne et de la nation française. L’armée devient alors le symbole et l’instrument de la défense de la nation tout en étant le creuset de celle-ci. En France, un lien historique très fort influe également sur les représentations sociales de l’armée comme l’atteste le passage dans le langage politique, depuis la fin du XXe siècle, d’une expression symbolique issue de l’institution militaire : le « lien armée-nation ».

Au moment de la guerre du Golfe, François Mitterrand refusa d’envoyer des appelés au combat. Émerge alors l’idée de la nécessité d’une armée professionnelle en France. Dans une nouvelle perspective de gestion publique, des arguments administratifs et budgétaires furent également mis en avant : l’entraînement des appelés était coûteux et des rapports avaient montré que la conscription et l’armée avaient perdu en efficacité et en pertinence dans leur fonction d’intégration sociale. Alors que la plupart des élites politico-militaires avait proposé un modèle d’armée mixte ou une réforme de la conscription sous une forme civile, Jacques Chirac imposa une professionnalisation complète des armées ayant pour conséquences une diminution drastique des effectifs, une perte de sens pour les armées et enfin un éloignement social vis-à-vis du reste de la nation. Depuis la fin effective du service national en 2002, les armées ont dû apprendre à fonctionner autrement afin d’entretenir leur visibilité et de conserver leur attractivité auprès de la nation. Les attentats de 2015, et dans la foulée le plan Vigipirate consolidé et l’opération Sentinelle, ont bouleversé ces nouvelles dynamiques puisque les armées n’ont jamais autant agi qu'aujourd'hui sur le territoire national. Tant le projet du service national universel, que la gestion du Covid-19 à travers l’opération Résilience, montrent le renouvellement de la présence des armées dans le quotidien des Français et leur utilisation par le pouvoir politique comme facteur de cohésion nationale. Si cet historique concerne spécifiquement la France, la dynamique de professionnalisation des armées est européenne, voire occidentale, et ces questions liant l’armée et la nation restent pertinentes pour l’ensemble des sociétés.

Face à ces bouleversements, qu’en est-il aujourd’hui du « lien armée-nation » ? Quelle est la place de l’armée dans la construction de la citoyenneté et du sentiment d’appartenance nationale ? Quels imaginaires sont mobilisés pour mobiliser les Hommes ? Quand le front se dilue, comment l’armée défend-t-elle la nation ? Comment le « lien armée-nation » est-il construit dans des situations où il existe une pluralité de forces armées ?"

S'inscrire