Publié le 29 juillet 2021 Mis à jour le 30 juillet 2021

Le Rendez-vous Condorcet donné par Philippe Descola (Collège de France) est maintenant disponible en vidéo sur Canal-U et en podcast sur Soundcloud.

Rendez-vous Condorcet - Qu'est-ce qu'un territoire ?
Rendez-vous Condorcet - Qu'est-ce qu'un territoire ?
Comment les territoires sont-ils définis, habités, exploités, délimités, parcourus ? Pendant une heure, Philippe Descola explore des définitions du territoire très éloignées de celle qu’en donnent les sociétés de l’époque modernes, à savoir « une portion d’espace sur laquelle un État exerce sa souveraineté et dont les limites stables sont reconnues par les États voisins ».

Il nous montre qu’aux quatre coins du globe existe, ou a existé, des peuples « aterritoriaux », dont les rapports aux espaces qu’ils habitent diffèrent profondément de ceux qui prévalent dans nos sociétés :

  • Les Moken, nomades de la mer, vivant selon la saison sur leurs bateaux ou les bords de leurs îles-mères dans l’archipel birman des Mergui
  • Les Tupi-Guarani et leurs migrations « cathartiques » au travers de la forêt amazonienne en quête de la « Terre sans Mal »
  • Les Wodaabe, bergers nomades cohabitant avec des populations sédentaires et d’autres nomades dans le Sahel
  • Les Kawéskars, peuple nomade quasi éteint qui parcourait les chenaux fuégiens de la Patagonie méridionale

Philippe Descola observe que ces « collectifs » ne revendiquent pas la propriété du territoire qu’ils habitent et peuvent en partager l’usage avec d’autres collectifs humains, mais aussi non humains - « divinités, esprits, génies du lieu, ancêtres, fantômes, plantes, animaux, rochers, rivières, montagnes, sources, etc. » -, avec lesquels ils doivent composer ou dont ils dépendent.

Notre conférencier explique ensuite, dans la dernière partie de son intervention, que l’appropriation de la terre telle que nous la concevons en Occident est le produit d’un système juridique et philosophique historiquement situé, étroitement liée à la théorie politique moderne développée aux 17e et 18e siècles, en Angleterre notamment.

Il nous propose en conclusion de considérer les relations singulières entre un milieu de vie et ses habitants, humains et non-humains, comme ce qui constitue un territoire, et nous invite, à l’aune de cette nouvelle définition, à reconsidérer les rapports que l’homme moderne entretient avec son environnement.

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