Publié le 22 décembre 2020 Mis à jour le 12 février 2021

Porté par le Campus Condorcet et coordonné par Anne-Marie Turcan-Verkerk, directrice d’études à l’EPHE-PSL, le projet Biblissima+, "Observatoire des cultures écrites, de l’argile à l’imprimé", a été sélectionné par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dans le cadre de l'appel à manifestations d'intérêt Equipements structurants pour la recherche, EquipEx+.

Un portail national

Biblissima+ est une infrastructure numérique multipolaire de recherche fondamentale et de service consacrée à l'histoire de la transmission des textes anciens, des premières tablettes d'argile mésopotamiennes, il y a 3 000 ans, aux premiers livres imprimés, quels que soient les supports et les langues. Biblissima+ est à l'échelle nationale le lieu de traitement et de mise en interopérabilité de toutes les données en jeu dans l'histoire de la transmission et de l'étude des cultures écrites anciennes. Biblissima+ concerne l'ensemble des collections patrimoniales transmettant des textes anciens, y compris les sources archéologiques, les sceaux et monnaies, mais aussi les archives d'érudits modernes et de chercheurs contemporains.

L'agrégation des données se fait autour d'un enrichissement massif des référentiels data.biblissima, mis à la disposition des grands acteurs du monde de la conservation et de la diffusion scientifique, afin de leur permettre d'affiner la fouille de données dans la documentation qu'ils mettent à disposition des usagers. En retour, Biblissima+ agrège autour de ses identifiants la numérisation des sources anciennes, les ressources documentaires, la bibliographie (éditions électroniques, articles et ouvrages archivés, publications vivantes). On verra s'articuler et s'enrichir mutuellement différents outils nationaux de grande envergure sur une thématique large et variée, qui se trouve à la base de toute histoire de la culture. Ainsi d'importants bassins de données deviendront interopérables, comme le souhaitent les utilisateurs.

14 institutions partenaires

Le projet est porté et soutenu par 14 institutions et leurs équipes de recherche : le Campus Condorcet ; le CNRS ; au sein de l’Université PSL, l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, l’Ecole nationale des chartes et l’Ecole normale supérieure ; l’EHESS ; l’ENS de Lyon ; le Muséum national d’Histoire naturelle ; le Service Interministériel des Archives de France ; l’université d’Avignon ; l’Université de Caen ; l’Université Lumière Lyon 2 ; l’Université Jean Moulin Lyon 3 ; l’Université de Poitiers ; l’Université de Tours ; l’entreprise Teklia.

Les équipes partenaires, qui développent les briques principales de l’infrastructure (ressources scientifiques et outils innovants), forment autant de pôles de compétence à l’échelle nationale, en région (Aubervilliers, Pierrefitte, Caen, Lyon-Avignon, Orléans, Poitiers, Tours) et à Paris.

7 domaines, à la pointe de l’innovation

Les briques proposées par les pôles de compétence ont permis d’identifier 7 grands domaines à la pointe de l’innovation, qui forment autant de clusters regroupant chercheurs, conservateurs et ingénieurs. Les 7 clusters sont organisés selon le cycle de vie des données : 

  1. Acquisition des corpus de sources interopérables
  2. Prise en compte et cherchabilité des données d’analyse des matériaux
  3. Intelligence artificielle, reconnaissance de formes et d’écritures manuscrites
  4. Traitement approfondi des systèmes graphiques et analyse des documents
  5. Edition de sources en TEI
  6. Défis du patrimoine musical 
  7. Interopérabilité et analyse des textes

Ces clusters structurent ainsi les communautés. Ils produisent, organisent et mutualisent les outils, réduisant les redondances, favorisant les inventions et leur réutilisation. L’équipe Biblissima+ coordonne le dialogue entre clusters et le chaînage des outils, au plus près des utilisateurs, et réalise l’interopérabilité des résultats. Un portail Biblissima+ simplifié permet de constituer des jeux de données, et de rebondir vers la galaxie des outils.
Un système d’appels à projets ouvert à tous, destiné à produire de nouveaux jeux de données interopérables et de nouveaux outils, permet d’intégrer progressivement de nouvelles données et de nouvelles communautés. Un volet de l’appel à projets est international. 

Biblissima+ se construit en 5 ans, et consacre les 3 dernières années à la mise en interopérabilité de tous les jeux de données produits, aux mises à jour et à l’enrichissement de la chaîne d’outils. Le Campus Condorcet (équipe Biblissima+) et l’Université de Caen (Pôle Document Numérique) assurent la pérennité du dispositif à l’issue du projet.

Biblissima+ est ainsi une infrastructure et un écosystème capables de s’enrichir perpétuellement.

 

Les défis de Biblissima+

  • Structurels et sociologiques : Biblissima+ fait travailler ensemble les communautés de littéraires, de philosophes, d’historiens, d’archéologues, d’historiens de l’art, d’épigraphistes, de numismates, de conservateurs de bibliothèques, archives et musées ayant affaire aux documents portant du texte, sans distinction d’aire culturelle ou d’époque. L’infrastructure les réunit pour la première fois de façon cohérente, leur permettant de dépasser leurs différences, de dialoguer, d’échanger leurs compétences, et de les accroître de façon significative, dans une logique d’écosystème. Elle investit dans l’ergonomie et la facilitation pour amener l’ensemble des communautés à modifier leurs usages et progresser significativement dans la maîtrise des outils numériques les plus innovants.
  • Techniques : Biblissima+ accompagne ces communautés de haute érudition dans la conversion numérique et computationnelle, en particulier dans l’appropriation de l’intelligence artificielle, mais aussi dans le dialogue fécond avec la physique et la chimie, redéfinissant ainsi les humanités du 21e siècle. L’infrastructure aide de même les communautés de sciences dures à s’emparer des défis que leur offrent les humanités, avec leurs données complexes, leur culture de l’exception, leurs notions floues. L’infrastructure accélère enfin l’acculturation du monde de la conservation aux formats numériques et interopérables, qui aujourd’hui contribuent à la conservation des artefacts anciens et à leur exposition à tous les publics.
  • Scientifiques : Biblissima+ a pour but d’accélérer cette évolution des communautés SHS travaillant sur la mémoire écrite de l’humanité pour leur permettre d’accéder à des informations que personne ne domine aujourd’hui. On en attend un changement de paradigme dans la découverte des textes de toutes les cultures, leur contextualisation, leur compréhension, leur mise à disposition, leur intégration dans le discours scientifique et dans la mémoire collective.
  • Sociétaux : le tournant computationnel des sciences des textes ne concerne pas que la recherche, la conservation et la formation, mais tout citoyen, de tout âge, de tout milieu, de toute culture, dont les documents anciens sont le patrimoine, et dont la mémoire et l’identité se nourrissent de l’écrit. L’infrastructure développe les technologies les plus sophistiquées de la recherche fondamentale pour faciliter la mise à disposition de tous des sources et des résultats de la science des textes, par la transcription automatique, mais aussi par la traduction et l’audiovisuel.

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