Publié le 27 mai 2022 Mis à jour le 27 mai 2022

Le colloque de clotûre de l'ERC Tarica, organisé en partenariat avec le Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces (LADYSS - CNRS) et l'Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), sera l’occasion de mettre en lumière le caractère complexe, contradictoire et non linéaire des dynamiques à l’œuvre en Afrique du Nord depuis 2011.

Date(s)

du 1 juin 2022 au 3 juin 2022

De 10 h à 18 h 30
Lieu(x)
Plus d’une décennie après le déclenchement des « Printemps arabes », force est de constater que la situation qui prévaut dans les pays de la région est loin d'avoir répondu aux espoirs de démocratisation et de justice sociale à l’origine des révoltes populaires de 2010-2011. Si ces dernières ont été tout d’abord interprétées comme renvoyant à l’inclusion du monde arabe dans le mouvement « planétaire » de démocratisation politique, les dynamiques de « restauration autoritaire » et les conflits violents qui ont marqué les trajectoires de plusieurs pays ont par la suite conduit les analystes à qualifier les processus observés de « démocratisation ratée » ou d’« échec des Printemps arabes ». Certes, ces interprétations introduisent une rupture avec la thèse de « l’exceptionnalisme arabe », elles restent cependant inscrites dans le paradigme de la « transitologie » et dans une vision téléologique du changement politique ayant pour référence le modèle de la démocratie occidentale.
Pourtant, les bouleversements post-2011 en Afrique du Nord ont généré des processus de transformation profonde et des configurations politiques très variées : réformes politiques « négociées » au Maroc, endiguement de l'agitation sociale en Algérie, « dialogue national » et processus électoraux en Tunisie, jusqu’à une date récente, reprise en main par l’armée en Égypte et guerre civile en Libye. Ces situations variées renvoient aux mobilisations d'acteurs dont les ressources, les intérêts et les logiques d'action sont très différents.
C’est à l’analyse de ces mobilisations que s’est attaché le projet ERC TARICA « Changements politiques et socio-institutionnels en Afrique du Nord », depuis son démarrage en 2017. S’interrogeant plus sur les processus de transformation que de transition, la recherche analyse les changements post-2011en Afrique du Nord sous l’angle des conflits opposant les acteurs politiques et sociaux autour de divers modèles politiques, sociétaux et économiques. L’objectif visé est de saisir la manière dont différents acteurs (publics, privés et associatifs) se sont positionnés dans les espaces ouverts par l’effondrement ou la remise en cause des systèmes politiques autoritaires, et d’analyser leurs stratégies en lien avec les modèles de référence et les registres normatifs qui inspirent leurs actions. À partir de cette approche centrée sur les acteurs, il s’agit de mettre en évidence les processus complexes et multidimensionnels qui ont contribué à la diversité des trajectoires suivies par les cinq pays d’Afrique du Nord directement ou indirectement touchés par les « révoltes arabes », à savoir la Tunisie, l’Égypte, le Maroc, l’Algérie et la Libye.
S’appuyant sur une approche interdisciplinaire et comparative, qui articule différents niveaux d’analyse, les recherches menées au sein du projet ont exploré les processus de changement à travers trois entrées thématiques complémentaires. La première porte sur les recompositions politiques et institutionnelles et les conflits de légitimité, la reconfiguration du pluralisme politique et les processus électoraux. La deuxième analyse les modèles de réconciliation en rapport avec les conflits mémoriels et aborde la question du passé comme un objet de transaction politique. La troisième s’intéresse aux « modèles de développement » et interroge les questions de la justice sociale et spatiale en lien avec la problématique de la refondation du pacte social et du pacte national. Afin d’articuler l’analyse des processus politiques et des dynamiques de développement, deux axes de recherche transversaux explorent, l’un, les rapports entre élites économiques et pouvoir politique, l’autre, les reconfigurations de l’action publique en lien avec l’émergence de nouveaux acteurs, notamment associatifs.
Au moment où les pays de la région traversent une crise multidimensionnelle et où les analystes sont de nouveau pessimistes quant aux perspectives de démocratisation des systèmes politiques et de l'ordre social, y compris en Tunisie, pays pionnier du « Printemps arabe », le colloque de clôture de l’ERC TARICA est l’occasion de mettre en lumière le caractère complexe, contradictoire et non linéaire des dynamiques à l’oeuvre en Afrique du Nord depuis 2011.

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