Publié le 5 août 2021 Mis à jour le 31 août 2021

Ce colloque est organisé par le Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP), Université Paris 1 Panthéon Sorbonne – Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Date(s)

du 6 septembre 2021 au 7 septembre 2021

De 09h30 à 20h00
Lieu(x)

Centre de colloques, Visioconférence

Auditorium 150 - Foyer 

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Les savoirs consacrés et les institutions qui les produisent et les diffusent voient actuellement leur légitimité contestée. Par exemple, dans le domaine de la santé, la médecine dite "conventionnelle" fait l’objet de critiques de la part de mouvements l’accusant de minimiser la dangerosité de ses pratiques (à l’image des mobilisations anti-vaccins) et des partisans d’autres techniques de soin (comme la naturopathie, l’aromathérapie, etc.). Dans le secteur du journalisme, les médias dits "traditionnels" voient la remise en cause de leur partialité décuplée par la multiplication de canaux d’information alternatifs, supports de la diffusion massive de contenus – amateurs comme professionnels – critiques des arènes médiatiques dominantes. Dans la sphère scientifique, certaines disciplines comme les sciences du climat, les études de genre ou la sociologie voient leurs conclusions contestées au motif de leurs biais idéologiques supposés. Parallèlement, le renforcement récent de l’injonction à l’interdisciplinarité, les pressions croissantes à voir les connaissances scientifiques validées par un "impact" médiatique important et la multiplication des revues et des conférences aux procédures d’évaluation plus ou moins rigoureuses complexifient le paysage scientifique et brouillent la frontière entre les savoirs validés par les pairs et ceux qui passent pour tel. La mode des "canulars" scientifiques rend d’ailleurs visibles certaines failles des savoirs à prétention scientifique en les tournant en dérision.

Les travaux existants tendent à étudier ces évolutions de manière sectorielle. Ce faisant, ils s’approprient fréquemment les grilles de lecture des acteurs de ces secteurs. Par exemple, les études des changements survenus dans le domaine de la médecine analysent souvent ceux-ci en termes de risques posés pour la santé publique par la diffusion des attitudes de "résistances" aux pratiques traditionnelles. De la même manière, les recherches sur les évolutions du secteur du journalisme se focalisent sur les logiques de diffusion des "infox" et sur les effets qu’elles peuvent avoir sur la vie démocratique. Il en va de même pour le climato-scepticisme, fréquemment étudié sous l’angle de sa diffusion et des méthodes qui peuvent être déployées pour la limiter. Ainsi, d’un point de vue normatif, ces phénomènes sont majoritairement lus, dans les publications scientifiques comme dans le débat public, comme des pathologies qu’il faudrait contenir et guérir.

 La sectorisation des travaux et leur reprise des grilles de lecture indigènes font écran à la construction de savoirs distanciés. Le pari de cette journée d’étude est qu’en dépit de leurs différences empiriques, ces multiples évolutions peuvent être analysées de concert pour mettre au jour les ressorts d’un processus commun : la dépréciation de la valeur des savoirs légitimes et des institutions qui les produisent. Les contributions partagent ainsi l’ambition de questionner ce qui se joue dans la dérégulation et la remise en cause de l’autorité des grandes institutions qui, traditionnellement, jouent un rôle de consécration et de diffusion des savoirs dans les sociétés contemporaines – telles les sciences ou le journalisme.
 

Le programme

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