Publié le 16 septembre 2021 Mis à jour le 28 septembre 2021

Proposé par le Campus Condorcet, cet atelier de pratique théâtrale du Théâtre de la Commune, Centre dramatique national d’Aubervilliers, a pour fil directeur la création d’un spectacle sur la guerre d’Algérie. L’atelier est ouvert prioritairement aux résidents du campus et, dans la limite des places disponibles, aux riverains. Il est animé par la compagnie théâtrale Groupe T, associée au Collectif 12, tous les mercredi soir de 18h à 21h, d’octobre 2021 à juin 2022.

Présentation

Cette création a pour point de départ les militaires ; la question de leurs présences et de leurs rôles dans notre société, aujourd’hui, mais également celle de ce qu’ils ont été et de ce qu’ils ont fait au cours de notre Histoire. Quelles traces, par exemple, persistent encore aujourd’hui sur les uniformes des soldats français de ce qu’a été la guerre d’Algérie ? Voilà une des questions centrales que le Groupe T se pose, celle de la mémoire militaire, tant symbolique que physique, qui ressurgit ou disparaît au fil de l’actualité.

L’objectif premier de cet atelier au Campus Condorcet sera donc articulé à une manière de concevoir l’Histoire non pas comme une chronologie bornée dans l’espace-temps, comme une ligne droite tenue à distance par les notions politiques illusoires de « progrès » et de « changement », mais davantage comme un cycle, un éternel retour des mêmes choses si ces mêmes choses ne sont pas apprises, comprises et critiquées par la société. L’Histoire sera entre autres perçue comme une plongée dans la grande mécanique qui inlassablement fait répéter les mêmes combats, les mêmes injustices et les mêmes visages d’oppression ; à moins qu’elle ne troue le présent de résurgences du passé pour mieux imaginer l’avenir. Or le théâtre, nous le pensons, en particulier, utilise ainsi l’Histoire, en mélangeant paroles documentaires et textes de fiction, en confrontant les archives de la Grande Histoire aux témoignages des petites histoires quotidiennes, et en reconstituant enfin par des acteur.rices du présent les erreurs comme les gestes de courage du passé.

Le choix de la guerre d’Algérie comme fil rouge du travail de pratique de l’atelier s’est fait devant l’importance de cette guerre dans l’Histoire de la France du vingtième siècle, et devant l’immensité de son corpus théâtral, littéraire et cinématographique. La guerre d’Algérie plus que jamais est un « événement » dont les conséquences ou les redites viennent émailler l’actualité militaire des dernières années jusqu’à nos jours. Son approche théâtrale par l’atelier permettra d’en mesurer l’importance à travers différentes articulations artistiques.

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Théâtre, histoire, littérature : une approche transdisciplinaire

Théâtre et Histoire

Un des premiers pans du travail sera une approche didactique et ludique de l’Histoire de la guerre d’Algérie. Nous nous intéresserons bien entendu aux grands faits qui se sont déroulés depuis les Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata du 8 mai au 26 juin 1945 jusqu’à la première fête d’indépendance algérienne du 5 juillet 1962, en passant par la Toussaint Rouge du 1er novembre 1954, la Bataille d’Alger de 1957, ou encore le Coup d’État par le Général de Gaulle de mai 1958. Les bornes chronologiques de la guerre d’Algérie seront questionnées au cours du travail pour poser directement la question de l’Histoire, et pouvoir l’envisager comme cycle plutôt que comme ligne droite.

Cette partie du travail sera l’occasion, dans la pratique, de travailler le va-et-vient entre la forme didactique, proche de l’exposé, et celle de la reconstitution, à l’aide d’archives, qui permettra de rejouer certains épisodes de la guerre d’Algérie. Ce va-et-vient permettra aux participant.es de toucher du doigt le plaisir qu’il y a à rendre accessible quelque chose de complexe, en construisant et déconstruisant des représentations.

Théâtre et Littérature

L’autre pan du travail de cet atelier sera également de donner à voir une compréhension artistique et littéraire de la guerre d’Algérie. Les participant.es seront amené.es à lire, étudier et jouer un nombre important d’œuvres qui y sont rattachés ; sans que ces choix ne soient pour l’instant définitifs, il y aura vraisemblablement des pièces de Kateb Yacine (Le Cercle des représailles à n’en pas douter) et de Jean Genet (Les Paravents), mais aussi des pièces d’auteurs plus méconnus comme Slimane Benaïssa (Le conseil de discipline ; Marianne et le Marabout ; Les Fils de l’amertume) ou Fatima Gallaire (Molly des Sables ; Au Cœur – la Brûlure).

L’enjeu à aborder ainsi des textes de théâtre au cours de cet atelier aborde davantage l’écriture du spectacle en lui-même, et surtout de l’entremêlement des différents matériaux scéniques que nous allons amonceler au fur et à mesure : exposés d’Histoire, reconstitutions à partir d’archives et passages de pièces de théâtre. Nous avons en tête de faire le montage du spectacle avec les participant.es afin que nous nous posions ensemble autant des questions artistiques liées au rythme que des questions d’efficacité didactique. Le montage de la pièce sera également complété, comme un liant, ou un fil rouge, par des écrits des participant.es eux-mêmes, selon leurs envies, entre témoignages et fiction.

Transdisciplinarité

À cela viennent s’ajouter des composantes plus transdisciplinaires. Le cinéma est sans doute le plus évident, un grand nombre de films traite de cette guerre ; nous nous intéresserons surtout à ceux qui au plus près des faits dessinent des gestes proches du documentaires, comme ceux de René Vautier (L’Algérie en flammes) ou de Gillo Pontecorvo (La Bataille d’Alger).
 

Le visionnage de ces films permettra à la fois d’en reconstituer sûrement certaines scènes en pratique mais aussi d’alimenter les représentations visuelles de la guerre d’Algérie.
 

Pour finir, il faut sans doute insister sur la particularité des quatre artistes intervenants qui viennent de trois composantes très différentes du théâtre : l’écriture, la plastique scénique (scénographie, costumes et accessoires) et le jeu. L’atelier aura donc cette spécificité de se nourrir et de se développer sur ces trois dimensions, en amenant les participant.es à participer autant à l’écriture, au montage du texte, qu’à la création des décors et des costumes, en passant bien sûr par le jeu d’acteur.rices.
 

Œuvres abordées :
 

  • L’Algérie en Flammes de René Vautier (1958)
  • Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier (1972)
  • Octobre à Paris de Jacques Panijel (1962)
  • La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1966)

Programme des ateliers

Phase 1 (6 séances) : écriture et exploration des matériaux
6, 13 et 20 octobre, 17 et 24 novembre, 1er décembre 2021

Lecture, jeu et visionnage de différents matériaux, des films aux pièces en passant par les archives. Les participant.es seront amenés à explorer la guerre d’Algérie à travers ces différents matériaux, et les manières diverses que possède le théâtre de s’en emparer. Il s’agira de jouer aux enseignant.es comme aux soldats dans le but d’apprendre et de partager un socle historique commun.

Phase 2 (7 séances) : sélection, mise en scène et voix des différents passages
12, 19 et 26 janvier, 2 et 9 février, 9 et 16 mars 2022

Les participant.es sélectionneront les matériaux qu’ils préfèreront pour ensuite les mettre en scène. L’écriture, le jeu et la scénographie, ainsi que les costumes, avanceront alors de concert pour donner chair et nerfs à ces différents passages. Une attention plus particulière sera portée aux exercices de jeu.

Phase 3 (7 séances) : assemblage, montage
13 et 20 avril, 11, 18 et 25 mai, 1er et 8 juin

Les participant.es devront mettre en place un montage final de la pièce, et en constituer le rythme global.

À l'agenda de l'atelier