Publié le 30 janvier 2023 Mis à jour le 26 avril 2023

En ces temps de crispations identitaires à l’échelle planétaire, la coexistence interreligieuse apparaît de plus en plus comme une affaire à haut risque. Aurions-nous perdu l’art et la manière de nous assembler par-delà nos différences de croyance ? Rassemblant des photographies et des films réalisés entre 2018 et 2022 par une équipe de recherche pluridisciplinaire, l’exposition "Lieux saints partagés en Asie du Sud" propose un regard neuf sur cette question sensible.

Date(s)

du 17 février 2023 au 6 avril 2023

Lieu(x)

Humathèque Condorcet

10 cours des Humanités (Forum)

L'exposition est prolongée jusqu'au 6 avril 2023.

photo de Raphaël Voix
photo de Raphaël Voix - ©Raphaël Voix
Abritant un quart de l’humanité, le sous-continent indien est notoirement sujet aux fièvres identitaires : au cours des dernières décennies, tous les États de la région ont été le théâtre de tensions et parfois de conflits ouverts entre communautés religieuses. Renforçant les extrémistes de tous bords, ces conflits ont polarisé chaque société et encouragé les replis communautaires.

Pour autant, il y persiste encore des sites sacrés partagés qui, depuis des siècles, accueillent les fidèles de multiples confessions : tombeaux de saints, temples, églises, sanctuaires de rue ou éléments naturels. Plus rarement, c’est à l’échelle de villes entières que se déploie cet art fragile de la coexistence. Mis en scène à travers des performances collectives fortement ritualisées, l’esprit de « camaraderie » dont s’enorgueillissent ces populations urbaines se trouve cependant menacé par le tumulte ambiant.

Souvent fragile, le partage interreligieux apparait aussi polysémique. Il peut en effet se décliner selon des modalités sensiblement distinctes, de la coprésence indifférente à l’interpénétration plus profonde, sans oublier la division et la répartition des parts et des places revenant à chacun.

L’exposition Lieux saints partagés en Asie du Sud présente le regard d’une équipe de recherche pluridisciplinaire sur ces sites sacrés aussi inclusifs que contestés. Anthropologues, politistes ou géographes, les membres de l’ANR I-SHARE (Indian Subcontinent’s Shared Sacred Sites : Religious Interactions and Relations with the Other) ont enquêté de 2018 à 2022 sur une quinzaine de ces sites, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Népal.

Prolongeant l’enquête ethnographique, le travail de documentation photographique et vidéographique mené par les membres du groupe s’est notamment attaché aux lieux, aux acteurs et à la culture matérielle du partage.

L’inclusivité de ces sites repose sur une grammaire rituelle elle-même largement partagée, ce qui confère à ces lieux saints un certain air de famille par-delà les frontières confessionnelles ou nationales. Les formes du partage sont pourtant indissociables de l’histoire des échanges entre les groupes qui s’assemblent et qui dissemblent ici. Ces singularités sont mises en exergue dans trois séries de photographies consacrées au pèlerinage marial de Mariamabad (Pakistan), au culte rendu à l’ascète bengali Lokenath Brahmachari (Bangladesh) et aux rituels de la coexistence propre à la ville d’Amroha (Inde).

Portant témoignage d’un art pluriséculaire de la coexistence interreligieuse, aujourd’hui menacé, les photographies et les films présentés ici ne sont pas mis au service d’une thèse et proposent plutôt une immersion dans l’environnement visuel et sensoriel de ces lieux saints partagés. Car plutôt que de verser des éléments de preuve à un dossier, enquêter par l’image, n’est-ce pas avant tout s’ouvrir au sensible et tirer autrement les fils de nos récits ?

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