Publié le 1 juin 2026 Mis à jour le 1 juin 2026

Cet événement, organisé en format hybride, propose d’explorer les points de convergence matériels entre les mondes de la recherche et de l’industrie extractive.

Date(s)

le 9 juin 2026

De 14h30 à 18h00
Type(s) d'évènements

Interventions

Transferts intersectoriels de modules logistiques et impact matériel des avant-postes de la science

David Dumoulin Kervran (IHEAL-USN, CREDA)

L’extractivisme scientifique est souvent conçu comme une forme d’extractivisme cognitif, et pensé comme une forme d’injustice épistémologique. Nous voudrions ici le penser dans sa dimension la plus matérielle possible, et même principalement dans les conditions logistiques qui sont ses conditions de possibilité.
Quelles sont les logiques matérielles et logistiques que partagent les enclaves minières et scientifiques en territoires isolés ? Est-ce que ce sont toujours les enclaves scientifiques qui empruntent à l’industrie minière ses infrastructures : pratiques de « site testing » en amont du projet, contacts politiques à haut niveau, routes et moyens de transport, logique de construction et d’entretien des bâtiments, main-d’œuvre locale/séjours courts pour les plus diplômés, type d’architecture et d’hébergement, etc. ? Ou est-ce qu’il serait possible de voir des emprunts dans l’autre sens ? Est ce que au-delà de l’emprunt d’une “brique logistique”, il existe d’autres logiques comme la référence commune à un autre modèle en amont ou la symbiose avec certains fonctionnements directement coopératifs ?
Cette entrée par la comparaison logistique devrait également permettre d’interroger de nouvelles dimensions de nos objets respectifs, que ce soit sur le plan de l’articulation entre savoir et matérialité ou sur celui de logiques communes impériales, coloniales, en général.
 

L’observatoire astronomique géré comme une mine : le cas des télescopes géants européens et états-uniens au Chili, des années 1950 à nos jours

Pascal Marichalar (CNRS, IRIS)

À partir de la fin des années 1950, des astronomes états-uniens et européens ont lancé des missions de site testing dans la moitié nord du Chili afin de trouver les meilleurs sites pour construire des télescopes optiques (c’est-à-dire faits de miroirs et observant dans le visible et l’infrarouge proche). Cette communication montre comment, depuis la prospection jusqu’à la construction, puis dans le fonctionnement quotidien, les observatoires astronomiques étrangers au Chili ont été pensés et gérés en se calquant sur l’exemple des mines (notamment de cuivre) qui sont l’activité économique principale du pays. Processus d’autorisation, concurrence avec les entreprises minières, construction de routes et d’infrastructures électriques, aspect résidentiel, organisation du travail… sont quelques-uns des aspects étudiés, où l’on voit le parallélisme avec l’organisation minière.
 

Une enclave suspendue ? État, science et mine sous-marine à Wallis-et-Futuna

Valelia Muni Toke (IRD, SEDYL) et Pierre-Yves Le Meur (IRD, SENS)

La notion d’enclave a été conçue dans les années 1960 dans des contextes extractifs marqués par de fortes inégalités, Nord-Sud en particulier, selon des approches dépendantistes ou néomarxistes. Une enclave ne peut pas être close pour fonctionner et la question est d’identifier ses connexions à son extérieur. Cette idée simple est à la base d’une conceptualisation de l’enclave minière comme fonctionnant selon une dialectique entre connexion et déconnexion qui opère à plusieurs niveaux : (i) matériel, réglant des flux physiques d’entrée (force de travail, technologie, capitaux) et de sortie (minerai, déchet) ; (ii) institutionnel, définissant les branchements lui permettant de fonctionner au plan normatif ; (iii) idéologique, définissant sa place dans les imaginaires nationaux et la construction des subjectivités.
Nous avons appliqué ce modèle qualitatif à la situation singulière du territoire de Wallis-et-Futuna. Dans les années 2010, la ZEE de cette collectivité d’Outre-mer a fait l’objet de campagnes de prospection minière sous-marine menées par l’Ifremer et financées par des opérateurs privés. Nous montrerons comment d’un point de vue matériel, institutionnel et idéologique s’organise une extraversion maximale assortie de tentatives de micro-reconnexions au territoire.
 

Logistique minière et savoirs scientifiques au cœur des enjeux d’acceptabilité sociale

Martin Cavero Castillo (Université Côte d’Azur, LAPCOS)

La littérature en sciences sociales portant sur les projets miniers à ciel ouvert s’est concentrée sur la protestation locale ou sur les politiques paternalistes rendant possible l’acceptation. En complément, il est possible de resserrer l’angle d’analyse sur les enjeux d’acceptabilité locale d’un projet minier à travers trois de ses « fronts » logistiques et scientifiques : l’accès aux ressources (achat de terres, routes), l’infrastructure d’extraction et de traitement (travail d’experts pour définir les impacts) et l’installation d’un camp minier (modèle « fly in-fly out »). À travers l’étude de cas du projet Conga, il s’agira de montrer comment, pour chacun de ces trois fronts, se joue l’acceptabilité sociale du projet en question.

Fixer et faire circuler. Les logistiques minières et leurs inégalités au prisme des circulations et fixations matérielles et humaines

Claude Le Gouill (IRD, SENS)

Depuis les travaux sur les company towns, l’activité minière – et avec elle le concept d’enclave – a connu d’importantes modifications. Elle est aujourd’hui décrite davantage dans sa dimension « planétaire » ou dans ses changements d’échelles et les protagonistes variés qu’elle connecte. L’un des bouleversements les plus visibles est l’évolution de la gestion de la main-d’œuvre, dont l’objectif de fixation a laissé place au modèle du fly-in/fly-out permettant une circulation sur de longues distances. Nos recherches montrent cependant que le modèle circulaire n’a pas totalement remplacé celui de la fixation. Au contraire, les distinctions entre ce qui circule et ce qui est fixé témoignent des inégalités structurelles au sein du champ minier. L’objectif de cette présentation sera de montrer ce que ces mobilités différenciées révèlent de cette activité aujourd’hui.
 

Intervenants et organisation

Cette table ronde réunit inttervenante·s des projets ANR Ecoboom , ANR SciOUTPOST et des chercheur·e·s associé·e·s :
  • Claude Le Gouill (IRD, SENS) et Pierre-Yves Le Meur (IRD, SENS)
  • Pascal Marichalar (CNRS, IRIS) et David Dumoulin Kervran (USN-IHEAL, UMR CREDA)
  • Nicolas Richard (CNRS, IFEA), Martin Cavero Castillo (EHESS, UMR IRIS) et Valelia Muni Toke (IRD, SEDYL)