Publié le 17 février 2022 Mis à jour le 20 mai 2022

Cette séance s'inscrit dans le cycle "Mondes abîmés, réparer le monde" des Mardis cinéma, co-construit par les équipes du Grand équipement documentaire et des membres d'une dizaine de laboratoires de recherche du Campus Condorcet. La projection sera suivie d’un dialogue avec la réalisatrice Chowra Makaremi, anthropologue, chargée de recherche à l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS).

Date(s)

le 8 mars 2022

à partir de 17h

Le film documentaire Hitch approfondit une recherche multidisciplinaire sur la violence collective et ses mémoires, saisies au croisement du politique et de l’intime, à partir du cas de l’Iran post-révolutionnaire et d’une histoire familiale. Construit par strates à travers plusieurs étapes de tournage en Iran et en France entre 2007 et 2017, Hitch filme la parole, mais suit aussi des itinéraires d’objets et explorant leur transmission, concevant ces parcours tangibles, au croisement du matériel et du symbolique, comme un parcours de la mémoire. Le cinéma est mobilisé comme outil de connaissance, pour saisir au plus près comment l’intimité des sujets devient un point d’application du pouvoir violent, et ce qu’est le déni en tant qu’expérience individuelle, psychique aussi bien que collective et politique. La démarche archéologique est au cœur de ce travail.

Le film propose différentes formes d’écriture mais aussi d’enquête qui explorent des façons d’aborder le politique via le sensible. Il s’attache aux mémoires de la violence collective en tant que s’y construisent les subjectivités politiques et s’y négocient des récits du « passé ». Ce travail est à la fois une réflexion sur, et une intervention dans l’espace public (dont il questionne les contours et les processus de transformation). Pour la réalisatrice et les participant·e·s du film, le traitement frontal de questions interdites – érigées en « lignes rouges » par un pouvoir autoritaire – pose certains risques. Ces risques, qui sont des effets concrets du déni, font surface dans le film lui-même et en modifient l’image et la construction, au risque de compromettre l’entreprise documentaire.

« J’ai regardé ce film en apnée, bouleversée par sa beauté et par la destinée de Fatameh. J'admirais la force et la patience de Chowra à scruter les traces de sa mère assassinée. Je l'ai regardée déployer et faire danser ce qui restait du tissu chatoyant de sa vie arrêtée. Elle s’asseyait dans le vide à côté de son père, de son frère, de sa grand-mère, son écoute ouvrait une voie à la parole. Mot à mot le passé se creusait, mot à mot la violence, la colère revenaient, mot à mot les larmes s'étouffaient, mot à mot l’aimée, mot à mot les massacres, mot à mot la sagesse, mot à mot la joie, mot à mot la vie, le rien et le tout, le tout et le rien, obstinément. » Dominique Cabrera, cinéaste

Chowra Makaremi est anthropologue, chargée de recherche à l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS). Ses travaux portent sur l’anthropologie de l’Etat, les formes juridiques et ordinaires de la violence et l'expérience qu’en font les sujets, notamment en situation d’exil.
Sa discutante sera Anouche Kunth, chargée de recherche CNRS à l'IRIS.