Dans un contexte de chute de la biodiversité à l’échelle globale affectant la santé psychologique des individus et groupes humains, resurgit une question qui, millénaires après millénaires, n’aura cessée d’être fondamentale : comment faire face à la perte ? En 2023, Vinciane Despret (Les morts à l'œuvre ), propose de fabriquer un deuil de l’insistance vitale : un deuil qui, à défaut d’enjoindre à l’oubli, inclut les morts dans la communauté des vivants. Il s’agit de faire mémoire avec les morts, qui, en retour, participent à l’entretien des liens qui relient les vivants entre eux. Les pratiques rituelles du deuil dans de nombreuses sociétés traditionnelles avaient pareillement pour fonction de renforcer la cohésion de la communauté.
Déployée dans le cadre de Demeure, l’exposition des oeuvres d’artistes dans et en dialogue avec le cimetière de Pantin, ce symposium se propose d’aborder la question funéraire à travers le prisme de l’écologie politique. À partir du plus grand cimetière d’Europe, abritant autant de sépultures que de formes de vies animales, végétales ou microscopiques, et accueillant une variété de rites funéraires issus de traditions culturelles multiples, cette journée nous invite à réfléchir aux liens d’interdépendance qui unissent les vivants aux morts. Il s’agira d’interroger l’impact écologique des rites funéraires et des pratiques rituelles du deuil, en s’intéressant en particulier aux nouvelles pratiques funéraires qui abordent la mort comme processus de transformation susceptible de régénérer à la fois le sol et le corps social.
Nos invité.es, issu.es de milieux académiques, militants et associatifs nous éclaireront ainsi quant aux manières de replacer le corps des défunt.es à l’intérieur d’un écosystème auquel il participe, sur un plan organique et biologique, mais aussi politique et social. Se faisant, pourront émerger des pistes de réflexion quant à une réappropriation de notre rapport à la mort, qu’elle soit humaine ou plus-qu’humaine.
Pensé et organisé par Tilhenn Klapper, avec le soutien et la participation du Campus Condorcet.
Avec Firyel Abdeljaouad, Giovanni Aloi, le duo -h-, Vincent Lecomte, Magali Molinié, Grégory Nieuviarts, Marine Prunier, Léa Rivière, et Mathilde Tahar.
Programme
9h30 : Accueil
9h45 : Introduction par Tilhenn Klapper
I. COMPRENDRE ET TRANSFORMER LES CIMETIÈRES
10h00-10h30 : Firyel Abdeljaouad, conservatrice du cimetière parisien de Pantin. Rien d'important ne meurt.
10h30-11h15 : Magali Molinié, enseignante-chercheuse en psychologie, Université Paris 8 et Cornell University. Faire communs avec nos morts.es., épaissir nos milieux.
11h15-11h30 : Pause café
II. RÉINVENTER NOS RITUELS FUNÉRAIRES
11h30-12h30 : Grégory Nieuviarts, co-fondateur de la coopérative funéraire de Rennes, en conversation avec Marine Prunier, artiste. — Modération par Tilhenn Klapper
12h30-13h15 : Duo -h-, artistes et activistes. Pour les vivant.es et les mort.es des rituels entés.
13h15-14h15 : pause déjeuner
14h15-15h15 : Léa Rivière, artiste et poétesse. Apprendre à deuillier.
III. REVOIR LES MORTS NON-HUMAINES
15h15-16h00 : Mathilde Tahar, chercheuse en philosophie de la biologie, UCL. Deuils et liens chez les non-humains.
16h00-16h15 : pause café
16h15-17h15 : Vincent Lecompte, artiste et enseignant-chercheur en esthétique, ECLLA - Université de Saint-Étienne. Dans l'œil de l'animal mort. Une prosopopée.
17h15-18h : Giovanni Aloi, écrivain et enseignant en art, School of the Art Institute of Chicago. The secret death of plants. — Intervention en anglais.